Comoropreunariat

Quel rôle peut-on jouer pour inciter la jeunesse comorienne à s’intéresser à l’agriculture ?

Pour les intéresser à l’agriculture,  arrêter de dire aux jeunes cette expression : « l’agriculture ne nourrit pas son homme, si tu ne travailles pas bien à l’école, tu vas cultiver les champs au village ». L’agriculture n’est un secteur de punition mais plutôt un secteur potentiel pour le développement d’un pays.

Le secteur agricole (la pêche, l’élevage, la culture vivrière, etc.) occupe une très grande place au sein de la société comorienne. Il existe plusieurs secteurs d’activité dans l’agriculture dont la fonction principale est de produire un revenu financier qui constitue un pilleir fondammental dans le développement socio-économique d’un pays. Aux Comores, on peut uniquement évoquer à partir de l’exploitation de la terre (culture), de la mer, des lacs et des rivières (aquaculture, pêche), de l’animal de ferme (élevage). D’autres secteurs demeurent inexistants d’un point de vue économique notamment l’exploitation de l’animal sauvage (chasse) et de la forêt (sylviculture). 

En Union des Comores, l’agriculture contribue, à elle seul, de manière significative aux revenus des ménages et fournit une grande part des produits consommés par la population. Les résultats du recensement agricole, recensement 2004, validé en 2011, ont donné 55.859 exploitations agricoles dans les trois îles constituant l’Union des Comores, dont 52 % sont localisées à Ngazidja, 44% à Ndzuwani et 4% à Mwali.

       Cependant, ce secteur fait face à de nombreuses contraintes qui plombent son envol. L’agriculture comorienne est mal connectée au marché. Plusieurs paramètres peuvent expliquer cette problématique. On peut citer entre autres le manque des centres de formation agricole, le dénigrement du métier et surtout le manque de soutien financier par le gouvernement.

Ces difficultés susmentionnées font qu’en dépit des terres fertiles pouvant produire de bonnes cultures, des rendements de haute qualité et abondantes ou de l’élevage moderne à grande échelle nous permettant d’avoir un développement très considérablement du pays, l’agriculture peine à se développer. 

En effet, ces potentiels restent largement inexploités en raison des diverses difficultés auxquelles le secteur agricole est confronté au quotidien. Et ce handicap majeur dissuade les jeunes comoriens à s’intéresser de plus en plus à ce secteur.

« Le dénigrement du métier d’agriculteur  »

          D’abord, il faut retenir que le métier de l’agriculture est mal vu aux Comores. Aux yeux des jeunes comoriens, exercer ce métier est honteux. Ce dénigrement a des conséquences fâcheuses au sein de la société comorienne en particulier chez les jeunes. Et ceci demeure le premier des problèmes que rencontre l’agriculture comorienne. 

Il est à remarquer, en outre, que les médias ne font pas assez pour valoriser ce noble métier. Il est évident que joue un grand rôle au dénigrement de ce métier. Des images négatives de familles des agriculteurs émaciées, des informations faisant état de paysans miséreux, d’une gestion post-récolte dévastatrice avec des céréales et des fruits pourris, dominent les reportages sur l’agriculture. Personne ne veut devenir cultivateur, ni éleveur ou pêcheur. Pour les jeunes, l’agriculture un métier réservé aux plus âgés de 65 à 75 ans, aux pauvres et aux gens ruraux.

Ceci engendre, enfin, une image négative à ce secteur malgré son importance. Le petit comorien qui vit cela depuis son enfance, verra ce métier comme un travail sans dignité, sans valeur et sans revenu. Tout cela a, de manière scrupuleuse, un impact négatif sur la perception des jeunes à l’égard de l’agriculture.   

         

« Le manque des centres de formation dans le domaine agricole »

        Ensuite, nous constatons le manque de formation professionnelle des jeunes comoriens sur le secteur agricole. Ceci joue un rôle considérable au sous-développement de ce secteur. Il est déplorable qu’un pays comme les Comores ne possède que trois centres de formation dans le domaine agricole qui ne sont même pas capables de répondre aux besoins du pays. 

Dans les pays dont l’agriculture est en voie de développement, le gouvernement mise sur les formations professionnelles des jeunes de différents métiers à l’instar de l’agriculture. Quels que soient les fonds qui seront alloués pour le développement de ce secteur, mais si le pays ne dispose des personnes hautement formées et qualifiées, ce secteur connaîtra toujours un déclin considérable. 

Nous savons tous que 80% de ceux qui pratiquent ce métier aux Comores n’ont pas eu des formations professionnelles. La majorité des Comoriens le font de manière héréditaire. Ils continuent à le pratiquer  toujours avec les mêmes méthodes archaïques de nos ancêtres

« Manque de soutien financier par le gouvernement »

           En fin, pour le peu de jeunes qui s’intéressent à ce secteur, le gouvernement n’a pas de systèmes formels de soutien financier aux jeunes cultivateurs qui leur permettront de développer et maintenir leur production agricole. Bien qu’il existe aujourd’hui plusieurs groupes de microfinance travaillant dans ce domaine, les cultivateurs ne sont pas nombreux à avoir accès à ces groupes.

La majorité d’entre eux ignorent, par manque de communication, les procédures requises pour pourvoir accéder à un soutien de financement à long terme ou les conditions mises en place par ces institutions financières ne peuvent pas être remplies par les pauvres paysans.

 

« Sensibiliser, former et accompagner les jeunes comoriens dans ce métier, un atout primordial  pour son épanouissement»

 

En effet, pour trouver une solution à ce fléau et attirer la jeunesse comorienne à s’intéresser à ce secteur agricole, il faut d’abord chercher à les inculquer une éducation valorisant le métier de l’agriculture. Les apprendre surtout que c’est un secteur noble, reproductif et respecté dans le monde comme les métiers de l’entrepreneuriat. Faire en sorte que les jeunes comoriens commencent à s’inspirer de l’agriculture comme les autres domaines comme les banques, les finances, la médecine et d’autres. 

Mais comment le gouvernement, les acteurs concernés peuvent jouer ce rôle en inculquant les jeunes comoriens ce métier dans leurs esprits comme une manière de réussir dans la vie. Quelles mesures doivent être prises pour inciter cette jeunesse à s’intéresser à l’agriculture ?

« Former les jeunes aux métiers touchant le domaine agricole »

Pour inciter les jeunes comoriens à s’intégrer dans une agriculture prometteuse d’une création d’emplois, il est impératif de rendre l’agriculture attrayante aux yeux des jeunes générations dans les pays. Il faut proposer plusieurs moyens d’y parvenir sur la base des pratiques actuelles, notamment la promotion  de l’agriculture en milieu scolaire ; la présentation de projets et de modèles par des jeunes agriculteurs ayant réussi dans le domaine à d’autres jeunes agriculteurs.

L’encouragement des jeunes champions et la communication proactive des aspects positifs de la profession d’agriculteur ; l’identification et la promotion des technologies agricoles attrayantes et rentables et de nouveaux créneaux dans l’ensemble de la chaîne de valeur ; et l’utilisation des technologies numériques pour éveiller l’intérêt des nouvelles générations sont entre autres les solutions pouvant résorber à cette problématique majeure. 

Nombreux pays africains à l’instar du Kenya, l’Agence de renforcement des capacités a réussi à faire de l’agriculture un secteur d’avenir. Elle s’emploie à inculquer des compétences techniques et commerciales aux jeunes et à vanter les mérites des agriculteurs et des entreprises prospères, qui font office de modèles. Un moyen qui a fait tripler la productivité des aviculteurs locaux, par des formations portant à la fois sur les pratiques d’élevage et la gestion commerciale. 

Ce projet a changé l’idée que les jeunes se faisaient de l’aviculture, qui n’est plus à leurs yeux une activité de subsistance rétrograde, mais bien un secteur d’activité rentable.

« Accompagnement des jeunes désirant se lancer dans le secteur agricole »

C’est un facteur non négligeable : L’accès des jeunes à l’investissement et aux produits financiers, la présentation d’approches et de modèles à reproduire, la création d’un environnement politique favorable, l’attraction des jeunes vers l’agriculture, l’accès des jeunes aux marchés, l’adoption de business modèles gagnants et l’accès à un ensemble de compétences, d’aptitudes, de connaissances et de méthodes pour les développer. 

Le point crucial est de faciliter le passage de l’agriculture de subsistance à l’agriculture commerciale pour que les jeunes découvrent les belles perspectives que leur réservent les chaînes de valeur agroalimentaires et rendre à l’agriculture toutes ses lettres de noblesse.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) s’appuie sur des jeunes champions pour redorer le blason de l’agriculture et amener d’autres jeunes à se lancer dans ce secteur. A Ouganda, des promoteurs du projet ont repéré 25 jeunes qui innovaient déjà dans l’agriculture et leur ont proposé une formation et du mentorat pour les aider à continuer de développer leur entreprise. 

« Une autre approche est d’utiliser le pouvoir  des médias pour changer les idées reçues sur ce noble métier » 

Pour pousser les jeunes à s’intéresser davantage à l’agriculture, il faut que nous leur présentions un jeune agriculteur qui avait fait ses preuves. Il faut que la presse nationale, régionale et la presse privée contribue à cette campagne de valorisation du métier. Elle doit donner la chance à ces jeunes prometteurs de participer à des émissions de radio et à d’autres événements. Les chaînes nationales l’ORTC, ORTN ou la presse écrite, Al-Watwan, La Gazette des Comores et d’autres doivent intégrer dans leurs programmes des émissions spéciales sur l’agriculture. Donner la parole aux agriculteurs et les valoriser à l’antenne et dans les journaux contribuera à servir de modèle à des futurs agriculteurs et agri preneurs. 

En définitive, il faut redonner les lettres de noblesse de ce métier et faire connaître le potentiel de l’agriculture comme branche d’activité et secteur porteur d’espoir en encourageant les jeunes agriculteurs et les investisseurs du pays à s’intéresser davantage dans le secteur. 

L’ancien régime du révolutionnaire Ali Soilihi Mtsashiwa avait misé sur l’agriculture et les résultats étaient conséquents et percutants en matière de développement socio-économique des Comores à cette époque. Et si les gouvernements comoriens prennent comme exemple ? 

 

Candidat N8: ALI Abdallah Kassim

 

Comoropreneuriat

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